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Construire des murs en terre : la technique de la bauge coffrée

La bauge est un système de construction monolithique en terre crue empilée. La terre est dans un état plastique, généralement mélangée à des fibres végétales. Les surfaces verticales sont dressées par découpe après un court temps de séchage, alors que le matériau n’est pas trop dur. (1) Cette technique est nommée cob en anglais.

La bauge coffrée est donc une technique alternative à la bauge traditionnelle puisque les surfaces verticales ne sont pas obtenues par découpe mais par coffrage.

La masse volumique de la bauge est compris entre 1400 et 1700kg/m3 et sa résistance varie entre 0,6 et 1,3 N/mm² (2)

– Préparation

On utilise une terre locale argileuse à la granulométrie fine (pas de cailloux, peu de graviers). La terre est stockée à l’air libre ou bâchée pour obtenir la teneur en eau idéale. On doit pouvoir modeler une boule dans la main sans qu’elle ne colle aux doigts, c’est l’état « plastique ».

Si la terre est trop sèche il faut la mouiller à l’avance. Si elle trop humide, il faut la laisser sécher.

– Mélange

On disperse de la paille d’orge sur le sol de manière homogène et sans paquet.

On recouvre la paille de terre foisonnée (en vrac) sur une épaisseur de 10 à 15cm. Il faut répartir la terre de façon homogène sur une surface plane de plusieurs m². Lorsque la couche est suffisamment étendue, on disperse à nouveau de la paille de façon homogène.

Puis on foule au pied la couche paille/terre/paille afin de lui donner une cohésion suffisante pour être découpée en caillebotis.

« Cette technique s’appelle le « caillebotis ». Ce fut une évolution de la bauge dans le bassin de Rennes à la fin XVIIIème siècle. Elle avait l’avantage d’économiser la coupe du parement. Il n’était pas nécessaire de bancher. Bien que les banches dans ce cas présent facilitent la mise en œuvre. » L. Coquemont

– Mise en œuvre

Les banches sont installées pour recevoir les caillebotis, on tasse avec le pied de l’extérieur vers l’intérieur afin d’améliorer la cohésion entre les caillebotis. Les banches permettent de contrôler facilement la verticalité du mur.

Les caillebotis sont disposés selon un appareillage en arête-de-poisson (ou Opus piscatum) afin de contrôler et limiter les fissurations.

Lorsqu’une levée de terre est complète, soit une hauteur de 60 à 80cm, on décoffre. Et ça tiens !

 

Lorsque le maçon aura jugé la terre suffisamment sèche, la levée suivante pourra être montée ou la charpente posée.

Il existe une corrélation entre la teneur en eau de la terre et sa résistance à la compression(2), si la terre pourra supporter la levée suivante assez rapidement, il est nécessaire d’attendre plus de séchage avant de lui faire supporter des charges lourdes.

Il faudra plusieurs semaines pour obtenir un séchage complet, le temps est variable selon les conditions climatiques.

Illustration réalisé par Julia Perwuelz

Les Avantages de cette technique :

  • pas besoin d’enduire
  • bon confort thermique
  • peu d’énergie dépensée tout au long du cycle de vie du matériau
  • matériau sain
  • qualité esthétique
  • facilité de mise en œuvre en chantier participatif
  • mise en valeur de la culture constructive locale
  • développement de l’économie locale
  • optimisation des ressources locales

Les inconvénients (ou autres avantages?):

  • chantier rythmé par les saisons
  • nécessité de s’appuyer sur des savoir-faire locaux

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Bauge

(2) ROHLEN et ZIEGERT, Construire en terre crue, éditions le Moniteur, Paris, 2013

Cette technique de bauge coffrée est développée par Ghislain Maetz, installé à St Germain sur Ille (35), vous pouvez le contacter par internet  http://artisanterrecrue.fr/

Le chantier participatif et la conception du projet sont dirigés par Ghislain Maetz.

Les photos proviennent du chantier de la Motte aux anglais à Dingé : http://lamotteauxanglais.blogspot.fr/2012/09/bienvenue.html

 
Merci à tous les participants du chantier participatif età Elizabeth et Franck pour leur très bon accueil.

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15 réflexions au sujet de « Construire des murs en terre : la technique de la bauge coffrée »

  1. Voici un commentaire d’Elizabeth à propos de cet article :

    « dans les avantages il peut être intéressant d’insister sur le fait que on n’ait pas besoin uniquement de GROS bras !!! une équipe mixte fonctionne parfaitement, le travail s’organise autrement et les équipes tournent et personne ne se « casse » le dos ou autre… »

    Et un commentaire de Corine :

    « Avec cette belle explication, les photos et les dessins y sont très judicieusement insérés. (j’apprécie les petits dessins… pour une fois je comprends les schémas d’une technique de construction ! »

  2. bonjour bonjour,
    je viens de tomber sur ce joli résumé. J’ai également un projet de construction de maison en terre. Mais il est assez facile de confondre torchi et bauge. L’un est une technique de remplissage dans une ossature bois et la seconde peut servir à réaliser des murs porteurs? Peut on prétendre au label passif avec un tel mur au sud? Comment bien le protéger de la pluie battante sans étouffer le mur (stabiliser avec du ciment etc…) et le laisser respirer? enduit terre paille? Est ce qu’un mur de 60 cm de largeur avec 30 cm de bauge fortement concentré en paille en extérieur couplé avec 30 cm de bauge plus « terreuse » en intérieur, peut il convenir pour une « bonne » isolation? Peut être un mur en pisé et en extérieur du bauge fortement « paillé »?

    oh la la beaucoup de question dis donc!

    En tout cas bravo pour votre travail mesdames et messieurs du chantier!

    cordialement,

    Pierre-yves abjean

    1. Oui Pierre Yves, il arrive de confondre torchis et bauge, le torchis est un remplissage dans une ossature souvent en bois alors que la bauge permet de construir des murs porteurs en terre. Dans les deux cas, on mélange la terre avec des fibres végétales (d’où la confusion?).

      Il est possible de réaliser des constructions passives avec des murs en terre. Le mur en terre permet d’obtenir une bonne inertie thermique et régule l’hygrothermie. En ce qui concerne leur position dans la maison et leur association avec des isolants, pour répondre il faut réfléchir de façon globale sur l’ensemble du bâti dans son contexte.

      Les murs en terre n’ont pas besoin d’être enduits, une bonne toiture suffit à la protéger. Pour les façades les plus exposées comme l’Ouest en Bretagne, un débord de toiture permettra de limiter le lessivage. On trouve couramment des murs en bauge non enduit vieux de plus de 100ans et qui ne présentent pas de pathologies, parfois des badigeons de chaux étaient mise en œuvre.

      Franchement, les murs en terre étaient et sont encore souvent enduits pour les cacher et c’est bien dommage! Les enduits en ciment abîment les murs en terre beaucoup plus qu’ils ne les protègent. Les pathologies issus des enduits trop imperméable sont : augmentation de l’humidité, fissuration des enduits, dégradation de la structure des murs en terre…
      Donc, on se demande d’abord pourquoi mettre un enduit? Et si on décide de mettre en oeuvre des enduits on choisit une composition adaptée au mur en terre (terre + sable / fibres végétales ou enduit à la chaux aérienne ou badigeon de chaux).

      Et bon projet de construction en terre!

      Cordialement

  3. Bonjour
    Superbe pour toutes vos photos et commentaire.
    Une question, On distingue la maison principale faite de terre sèche. Juste accolé, est monté le mur humide. Comment ces deux murs peuvent se coller ensemble, sans se désolidarisé?Car, moi, en remettant de L’ argile+ fibre pour combler de bonne fissure, ou manque de plaque ( maxi 2cm)de ce matériaux, cela ne tient pas, il se détache.
    Bonne suite à vous

  4. Bonsoir,
    Pour coller sur un mur en terre, il faut bien mouiller le support et si nécessaire réaliser des engravures qui permettront d’encastrer le nouvel élément et d’y joindre des agrafes en bois ou métal si nécessaire.
    Pour réparer des fissures, je vous conseille de suivre les instructions du guide de bonne pratique téléchargeable ici : http://www.parc-cotentin-bessin.fr/files/ged/54-restaurer72dpi.pdf

    PS : La maison est en pierre assemblée au mortier de terre. Il n’existe pratiquement pas de maisons en pierre sèche en Bretagne (dixit Hervé Even).

    Cordialement

  5. Bravo pour votre site qui est très didactique
    J’aimerais savoir si vous préconisez la pose de grillage avant l’application de l’enduit terre ou chaux. Je remarque que certains maçons le préconisent alors que d’autres critiquent cette technique .

    1. Bonjour Jean Paul,

      Surtout pas de grillage métallique sur support terre! C’est une méthode qui était utilisée pour réaliser des enduits au ciment sur support terre, mais on sait aujourd’hui que cela supprime la perspirance du mur en terre et engendre des pathologies, vigilance donc.
      Tous les enduits préconisés se trouvent dans les règles professionnelles d’enduit sur support terre : http://boutique.lemoniteur.fr/enduits-sur-supports-composes-de-terre-crue.html

      Cordialement

  6. Bonjour, je suis très intéressé par votre technique et j’aimerai construire une maison de ce style dans le Var, vers Brignoles. Je pense que ce type de maisons permet de disposer d’une inertie comparable aux maisons en pierre jointes à l’argile de la Provence, tout en présentant des avantages économiques impressionnants. Au début, je voulais construire une maison paille, mais je crois que je vais adopter votre méthode. Est-elle plus avantageuse que la méthode en pisé ? Pensez-vous que la Provence est un lieu intéressant pour ce genre de maisons (j’ai lui je sais plus où qu’on a retrouvé les traces de maisons de ce style par chez nous remontant aux gaulois) Pensez-vous que j’arriverai à trouver des connaisseurs par chez moi ?
    Bien à vous – Stéphane

    1. Bonjour Stéphane,
      Les murs en terre crue possèdent de très bonnes qualités thermiques pour le confort d’été. La maison reste fraiche l’été. Je vous recommande donc cette technique en Provence.
      Pour trouver des professionnels dans votre région, je vous recommande de consulter le site de l’association
      Je vous souhaite de la réussite dans votre projet

        1. les murs en bauge ne sont pas isolés. En partie basse, les ponts thermiques sont traités avec du liège, le sol et la toiture sont bien isolés.

  7. Bonjour , j’envisage d’agrandir ma maison (construite en briques) et aimerais savoir s’il est possible de faire cet agrandissement en bauge – selon la technique que vous démontrez- , cela est-il réalisable?

    Cordialement,

    sophie

    1. Bonjour Sophie,

      Construire une extension en terre est réalisable. L’atelier alp conçoit et organise ce type de travaux.

      Si vous voulez un accompagnement personnalisé, je vous propose d’en discuter par téléphone puis de se rencontrer.

      Restant à votre écoute.

      Amélie LE PAIH

  8. Bonjour
    Pour faire des murs avec une terre très peu argileuse c’est quand meme possible? Je ne comprends pas on dit terre crue et souvent on préconise d’ajouter de l’argile ou de la chaux…si je fais les murs avec de la terre et de la paille sur un terrain très peu argileux en auvergne qu’est ce que cela fait? Est ce possible? Merci de m’aider.. et merci pour cette page instructive
    Bonne continuation
    nathalie

    1. Bonjour,
      On peut réaliser des constructions avec une terre peu argileuse, le mieux est de réaliser des essais avec différents dosage (eau,terre, fibres) avant se lancer. Je vous recommande aussi de raprocher d’une association locale comme maisons paysannes ou d’un professionnel de la construction en terre adhérent de l’association Asterre.
      Je vous souhaite de la réussite dans votre projet.
      Cordialement
      Amélie LE PAIH

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